After All Springville

After All Springville

Sur le plateau, il y a une maison dont s’échappent des volutes de fumée colorée. Un peu plus tard, un homme habillé de vert sort de la maison, portant un sac poubelle prêt à être ramassé. La maison est un plongeoir, un trampoline pour l’imaginaire. Sommes-nous prêts à sauter dans l’inconnu ? Allons-nous assister à un spectacle surréaliste ou pourrons-nous (enfin !) voir la réalité sous-jacente telle qu’elle est réellement, toute nue, vulnérable et blessant aveuglément ? La maison est comme un corps. Par ses ouvertures, elle avale les visiteurs et les recrache. Autour de la maison circulent d’étranges créatures, mi-humains, mi-objets. Du point de vue humain, elles ne sont pas complètement développées. Des bras leur manquent. Elles y voient à peine. Elles se livrent entièrement dans toute leur gaucherie, ici et maintenant. Elles reniflent partout, enjôlent, crient leur besoin d’affection. Ces figures sont uniquement capables d’être ce qu’elles sont ou qui elles sont. La table ne demande pas mieux que d’être richement dressée. La cabine électrique est sur le point d’exploser. Face à l’œil de la caméra se forme un groupe, l’espace d’un instant. Souriez ! Seuls les spectateurs gardent une vue d’ensemble. Sous leurs yeux se déroule une succession de drames individuels, aussi inéluctables que les détonations lors d’un feu d’artifice ou d’une fusillade. Jusqu’à ce que la maison et le paysage s’emparent à nouveau du plateau. Tout continue comme avant, tout simplement.

Tant dans l’atelier de Miet Warlop que dans son imaginaire, tout est perpétuellement en mouvement. Les éléments constitutifs se fondent en une grande mutation tourbillonnante. Des personnages et images d’un spectacle font irruption dans une pièce suivante. Certains se mettent à mener leur propre vie. Ainsi la table de Springville – nappe blanche amidonnée, élégantes jambes féminines en collants noirs et chaussures à talons – s’est introduite dans une galerie d’art pour y devenir une installation autonome. Douze ans après la création du spectacle, Warlop le reprend en tant que souvenir à revivre, ou comme une chanson personnelle dont elle veut faire une reprise avec un nouveau groupe. Elle est prête. Le moment est venu. Beaucoup de questions demeurent. Combien de place prend-on, physiquement et mentalement ? Quel est l’effet de nos gestes ? Quels sont nos rapports mutuels ? Comment se supporter dans un espace restreint ? Comment former une communauté alors que nous ne nous voyons pas, ou à peine ? Il y a toujours quelque chose qui s’échappe. Ce serait tragique si ce n’était pas aussi drôle. Miet Warlop associe la détresse totale qui suit une catastrophe naturelle au soulagement qu’apporte un film d’animation ou une farce.

Il arrive qu’on ait à nouveau envie de dire quelque chose après des années. Parce que les questions n’ont pas été résolues. Parce qu’entretemps on a pris de l’âge, on a créé et vécu d’autres choses. Parce que le résultat pourrait être meilleur et plus précis, avec plus de répit et moins de déchet. Parce qu’en fait, ça mérite d’être revu. Ou tout simplement pour le plaisir retrouvé de jouer.

Production création 2009: Campo Kunstencentrum en Kunstencentrum BUDA.

Coproduction création 2021: HAU Hebbel am Ufer – Berlin (DE), Kunstencentrum BUDA (BE), Arts Centre Vooruit Gent (BE) et autres en discussion

Miet Warlop

  • Genre: Performance
  • Première mondiale: 4 septembre 2021

Meilleur production 2010

Theaterfestival (BE/NL)

« Dans Springville, Warlop expose ses objets/acteurs à une série de catastrophes, allant du renversement d’une boîte en carton à un véritable raz de marée. Elle montre sur les planches ce qu’un ouragan provoque dans la nature, à savoir une vague de destruction qui insuffle une nouvelle vie aux objets et imprime à l’environnement une autre logique. »

De Morgen (2009)

« Springville est une mosaïque de scènes hautes en couleur, à la fois esthétiques, décapantes et émouvantes. Des scènes qui s’enchaînent comme par hasard et qui racontent – en l’absence de toute parole – l’histoire explosive d’un monde qui se dénoue et renoue en permanence. Warlop joue la carte de la créativité en combinant des tableaux vivants qui s’articulent comme autant de vases communicants (typiques de son langage) et des scènes burlesques à la Buster Keaton. Le résultat est un spectacle théâtral ingénieux qui renvoie, de façon ludique mais impitoyable, l’image d’un monde vu dans un miroir agrandissant. »

Knack (2009)

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